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Le concept de résilience est un concept très polysémique, extremenent utilisé avec parfois des acceptations différentes.

définition

Une définition très simple, qui garde la trace de l’origine sciences de la vie de la notion, est celle de wikipédia :

La résilience écologique est la capacité d’un système vivant (écosystème, biome, population, biosphère) à retrouver les structures et les fonctions de son état de référence après une perturbation

Donc plus un système est résilient, moins il change de fonctionnement après un choc

Exemple de James Lovelock avec l’hypothèse Gaïa

Définitions spécifique au contexte géographique ou du risque

Appliquées au contexte géographique, on peut citer la définition de géoconfluence :

« La résilience est la capacité d’un système à revenir à son état initial après avoir été perturbé. »

UNISDR :

« La capacité d’un système, une communauté ou une société exposée aux risques, de résister, d’absorber, d’accueillir et de corriger les effets d’un danger (...), notamment par la préservation et la restauration de ses structures essentielles et de ses fonctions de base » »

Resilience Alliance :

Dans le contexte du risque :

« La résilience est de plus en plus utilisée dans les sciences du risque ou cindyniques. Le risque (hazard) résulte de l’exposition d’un enjeu (element at risk) à un aléa (extreme event), c’est-à-dire une source de danger. Il n’y a toutefois risque que si cet enjeu est vulnérable (vulnerable). Lorsque la menace devient réalité, le choc produit des dommage s matériels, des perturbations ou des dysfonctionnements : au-delà d’un certain seuil de désorganisation, on a affaire à une crise , état dans lequel le fonctionnement du système est perturbé de sorte que l’on se trouve dans une situation extra-ordinaire, a-normale (la normale étant ici un état de référence le plus souvent assimilé à l’état initial). Or, la crise n’entraîne pas forcément de catastrophe (disaster) et a fortiori, la catastrophe n’est quasiment jamais un état de destruction irréversible. Il y a la plupart du temps redressement (recover), reconstruction (rebuilt), renouvellement (renew), retour à l’ équilibre , à la normale, etc. Autant de situations que l’on associe à la notion de résilience, qui étymologiquement, renvoie à l’idée de rebond (rebound). »

Pour l’ analyse spatiale, tirer profit du choc :

« la résilience désigne la capacité d’un système à assimiler, voire à tirer profit, d’une perturbation extérieure. »

il s’agit de capacités d’adaptation, plus que de retour à un état initial, telles qu’elles permettront au système sociospatial de fonctionner après un désastre

Beaucoup de définitions différentes selon les contextes :

définition particulière dans le cas de resilience thinking :

Resilience thinking is about how periods of gradual changes interact with abrupt changes, and the capacity of people, communities, societies, cultures to adapt or even transform into new development pathways in the face of dynamic change. »

Une perturbation et un retour à la normale

l’amplitude du choc qui peut être absorbé :

Resilience: The magnitude of disturbance that can be absorbed before a system changes its structure by changing the variables and processes that control behavior (Holling et al. 1994). Resilience is the ability of a system to absorb perturbations.

Un processus d’adaptation face à une crise :

Many different definitions of resilience have been proposed in different fields ranging from physics to psychology. It has been defined as a process of adaptation in the face of adversity, crisis, or stress [9].

La reprise d’un bon développement après une crise ou un traumatisme :

L’individu est pénétré, saisi ; notre corps subit constamment, dans l’utérus, dans les bras, après la naissance, les pressions du milieu : sensoriel, écologique, affectif et verbal. On est constamment sculpté par le milieu. Ainsi, la notion d’individu dépend de la structure du milieu. Ensuite, quand on parle et quand on est capable de faire des récits, la représentation qu’on se fait de soi est entièrement déterminée par des récits.

Historique

Une notion ancienne, dont l’origine remonte à il y a très longtemps.

Vient du latin resilio :

« Resilience is derived from the Latin word resilio, meaning ‘to jump back’ (Klein, Nicholls and Thomalla, 2003). »

Manyena (2006), p. 1

Origine sémantique ancienne, dès 1824 :

« Le terme de résilience est apparu dans la langue française à la fin du XXe siècle alors qu’il existe en anglais depuis 1824. Il est emprunté de l’anglais « Resilience ou resiliency » qui lui donne une double définition : En anglais, le terme de vulnérabilité apparaît entre 1595 et 1605 renvoyant au radical latin « vulnerā(re ) », « vulnerarius » et il se traduit par le terme de « blessure ». Dans la littérature anglaise, la vulnérabilité se définit par « peut être atteint par des dommages.7 ». »

Première trace en physique dès les années 1960 Barroca et al., 2013.

La notion a ensuite cheminé entre différentes disciplines, pourtant éloignées.

Apparue en écologie dans les années 1970 :

« Resilience as a concept in relation to the environment, or more specifically to ecosystems, was proposed by Holling (1973) as a way to understand the capacity of ecosystems to absorb change (reviewed by, e.g., Gunderson 2000, Desjardins et al. 2015) or more specifically, how to persist developing in the original state subject to disturbances and changing conditions (Holling 1973). »

Folke (2016), p. 3

« C’est dans ce cadre qu’en 1973, Holling, a introduit le concept de « systèmes résilients » (Holling, 1973). Un système est résilient « s’il perdure malgré les chocs et perturbations en provenance du milieu interne et/ou de l’environnement externe » (Vickers, 1965 cité dans Paquet, 1999). En 1973, Holling avait alors défini la résilience comme « l’importance d’une perturbation qu’un écosystème peut encaisser sans changer de structure ». À la résilience s’associe la durée de retour à un état de fonctionnement acceptable (Dauphiné et Provitolo, 2003). »

Barroca et al. (2013), p. 4

Adaptation à l’économie dans les années 1990 :

« Dans le domaine de l’économie, Paquet parle de « la capacité intrinsèque des entreprises, des organisations et des communautés à retrouver un état d’équilibre » (Paquet, 1999) : la résilience serait la clé de la durabilité. »

Barroca et al. (2013), p. 4

Géographie au tournant des années 2000 :

« En France, en 2000, C. Aschan-Leygonie réalise une excellente synthèse sur la résilience des systèmes spatiaux. L’objectif de son travail est « d’explorer la possibilité d’adapter à la géographie, et plus particulièrement à la dynamique d’un système spatial, le concept de résilience tel qu’il est conçu en écologie ». Le concept de résilience y est analysé à partir d’une bibliographie exclusivement anglo-saxonne (Aschan-Leygonie, 2000). »

Barroca et al. (2013), p. 4

Dans le milieu du développement depuis le milieu des années 2010 :

Depuis le milieu des années 2010 – et après le paradigme du développement durable –, la notion de résilience occupe une place centrale dans le domaine de l’ingénierie du développement, au point d’être identifiée comme un nouveau mantra.

Il en résulte un enracinement disciplinaire très peu clair.

Développé en psychologie :

Origine disciplinaire contestée :

« The field in which it was originally used, though, is still contested: some say ecology (Batabyal, 1998), while others say physics (Van der Leeuw and Leygonie, 2000). In the sphere of ecology, it gained currency following the 1973 release of Holling’s seminal work, entitled Resilience and Stability of Ecological Systems (Blaikie and Brookfield, 1987; Levin et al., 1998;Adger, 2000;Van der Leeuw and Leygonie, 2000; Stockholm Environmental Institute, 2004). »

Manyena (2006), p. 1

Disaster risk reduction :

« Today, resilience is being applied in a number of fields, especially disaster manage ment.The adoption, on 22 January 2005, of The Hyogo Framework for Action 20052015—also known as ‘The Hyogo Declaration’—by the United Nations International Strategy for Disaster Risk Reduction (UNISDR) is a positive move. »

Manyena (2006), p. 2

caractéristiques

Un concept très polysémique :

« Là où les difficultés surgissent, c’est lorsque, peu à peu, la polysémie semble légitimer un flou sémantique qui débouche sur des impasses théoriques et opérationnelles. »

Magali Reghezza-Zitt et al. (2012), p. 4

Pas de correspondance avec un niveau de destruction

« De façon très schématique, après un choc, on peut avoir trois états : la disparition définitive, le maintien du système et la bifurcation qui correspond à un changement radical, structurel, du système. »

Magali Reghezza-Zitt et al. (2012), p. 6

« Or, il n’y a pas d’accord sur la correspondance entre le degré de transformation et l’état de résilience. Par exemple, pour certains auteurs qui s’appuient sur l’écologie, il n’y a pas d’opposition radicale entre bifurcation et résilience, la flexibilité et l’ouverture étant consubstantielles au processus de résilience (Provitolo, 2009). Pour d’autres au contraire, la résilience signifie la stabilité, assimilée au maintien sans changement. D’autres encore entendent cette stabilité comme une adaptation différentielle des composantes du système, avec une transformation de certains éléments mais la persistance d’un noyau invariant, dont il reste à définir les contours. »

Magali Reghezza-Zitt et al. (2012), p. 7

Idem dans le raisonnement par état

« La résilience d’un matériau comme “sa capacité d’emmagasiner de l’énergie cinétique et de se mouvoir élastiquement sous une charge sans se briser ou perdre sa forme 2“. Cette acception, héritée de la physique, met en avant la plasticité du matériau, qui se traduit pour les systèmes sociétaux ou les individus dans l’idée de souplesse et d’adaptation. La résilience devient alors la capacité d’adaptation de l’enjeu. La résilience comme capacité de résistance d’un enjeu (withstand ou resist) en anglais3. Cette définition est directement liée à l’idée de perte et d’endommagement, qui renvoie ellemême aux travaux sur la vulnérabilité physique et l’impact approach qui se sont développés dans les sciences physiques et l’ingénierie. La résilience comme capacité à se reconstruire (ability to recover or rebuild). Cette idée est formalisée à partir des années 1970, le terme étant utilisé dans un sens métaphorique (Klein et al., 2003).la résilience comme capacité d’un système à maintenir son intégrité (maintain) et à revenir (return) à un état qui peut être l’état antérieur, l’état d’équilibre, la normale, lorsqu’il est »

Magali Reghezza-Zitt et al. (2012), p. 7

Etat ou propriété ? :

« Pour d’autres, la résilience est une propriété, une qualité intrinsèque à un système ou un enjeu, une capacité qui se manifeste au moment du choc mais qui est déjà présente antérieurement. On ne se concentre alors ni sur le résultat, ni sur le choc, mais sur le système ou l’enjeu. Le rapport au temps est différent : la résilience préexiste au choc, elle est un potentiel, révélé par ce choc. »

Magali Reghezza-Zitt et al. (2012), p. 6

Nevertheless, several authors assume that resilience is a trait and not a process.

« Ainsi, pour certains, la résilience est à la fois un processus et un état, signifié par l’adjectif résilient. Dire que tel système ou tel enjeu a été résilient, c’est acter a posteriori le fait qu’il a su se maintenir malgré un choc et dépasser la crise qui en résulte. »

Magali Reghezza-Zitt et al. (2012), p. 6

De manière générique, elle correspond à la fois à un état et à un processus caractérisé par la capacité à faire face à et à se relever d’un choc, d’un trauma ou d’une crise, comme le rappelle le médecin neuropsychiatre Boris Cyrulnik, auteur de nombreux ouvrages sur la résilience, dans le long entretien qu’il nous livre dans ce numéro. Selon lui, la résilience est à penser comme une dynamique, puisque les processus (individuels ou collectifs) qu’elle implique peuvent aussi être compris comme l’ensemble de changements adaptatifs au cœur de situations critiques.

Notion très liée à l’analyse systémique

Concept controversé :

« La notion est contestée par nombre de chercheurs, qui peuvent y voir des tentatives de manipulation idéologique d’inspiration néolibérale. »

le 02/07/2024 (2024)

« However, while some would refer to it as a new paradigm (McEntire et al., 2002), others see it as more of an expression, compli menting use of other disaster terms, such as vulnerability or risk. »

Manyena (2006), p. 2

« . Some scholars contacted during the information gathering process for this paper were of the opinion that (disaster) resilience can not necessarily be viewed as a new way of looking at disasters ‘as we have done much of this before’1 and therefore it is not new conceptually. »

Manyena (2006), p. 3

Policies of resilience can put the responsibility of disaster response on individuals rather than publicly coordinated efforts, and promoting resilience draws attention away from governmental responsibility and self-responsibility [11].

Rapprochement progressif avec la notion de vulnérabilité :

Dans de nombreux cas, la notion de résilience est venue se surimposer et presque remplacer celle de « vulnérabilité » (Barroca et al. 2013 ; Quenault, 2013), qui faisait florès dans les années 1990 et 2000. Les deux sont en réalité inextricablement reliées. Si la première a une connotation négative, la résilience, pour sa part, possède une dimension plus positive (Holling, 1987) dans la mesure où elle met l’accent sur les capacités et les possibilités contextuelles, tant individuelles que collectives, d’adaptation et de transformation (Chandler & Coaffee, 2016).

Distinction entre la notion issue du développement et celle des systèmes écologiques :

« Des organisations non gouvernementales, agences d’aide, organisations internationales et centres de recherche ont ainsi élaboré une communauté de pratiques et une pensée de la résilience, appelées ici la résilience issue du développement. Cette école se distingue de celle plus ancienne de la résilience des systèmes écologiques et sociaux que le réseau scientifique Resilience Alliance définit comme la capacité d’un système écologique et social à absorber ou supporter une perturbation ou un stress, tout en gardant sa structure et ses fonctions grâce à des processus d’auto-organisation, d’apprentissage et d’adaptation. »

Botta & Bousquet (2017), p. 2

Responsabilité

« Resilience is rooted in making choices about future losses when development decisions are made. Choosing what is lost in future disasters is absolutely a new way to view those losses since it places 100% responsibility for those losses on people versus nature. »

Manyena (2006), p. 4

Interdisciplinarité, enjeu fort de la notion de résilience

Comme nous l’avons vu plus haut, la résilience admet des conceptions variées selon les disciplines.

C’est pourquoi l’interdisciplinarité est apparue comme un des enjeux fondamentaux de cette conférence.

Hervé & Rivière (2014), p. 6

Il s’agit donc de mettre en place ou en tout cas d’accompagner cette interdisciplinarité, d’autant plus dans un contexte “d’urgence environnementale”

Retour à l’état initial ou changement : après une perturbation, potentiel de récupération ou d’adaptation

Le concept de résilience est, par exemple, affiné avec les notions de potentiel et de contrôlabilité (Quétier et Lavorel, 2011). Le potentiel est constitué d’un potentiel tampon, qui permet la récupération après une perturbation, et d’un potentiel d’adaptation, qui permet d’atteindre une solution meilleure après la perturbation.

Hervé & Rivière (2014), p. 6

exemples

Références

References
  1. Manyena, S. B. (2006). The Concept of Resilience Revisited. Disasters, 30(4), 434–450. 10.1111/j.0361-3666.2006.00331.x
  2. Barroca, B., DiNardo, M., & Mboumoua, I. (2013). De la vulnérabilité à la résilience : mutation ou bouleversement ? EchoGéo, 24. 10.4000/echogeo.13439
  3. Folke, C. (2016). Resilience (Republished). Ecology and Society, 21(4).
  4. Ansari, J. B., Ribeiro, C. R., & Mahdi, M. (2025/déc./22). Introduction. Comment penser la résilience et la gouvernance des communs ? Revue internationale des études du développement, 259, 7–26. 10.4000/15eei
  5. Magali Reghezza-Zitt, Reghezza-Zitt, M., Samuel Rufat, Rufat, S., Géraldine Djament-Tran, Djament-Tran, G., Antoine Blanc, Antoine Le Blanc, Le Blanc, A., Serge Lhomme, Serge Lhomme, & Lhomme, S. (2012). What Resilience Is Not: Uses and Abuses. Cybergeo: European Journal of Geography. 10.4000/cybergeo.25554
  6. le 02/07/2024, P. (2024). Résilience [Terme]. In Géoconfluences. École normale supérieure de Lyon. https://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/resilience
  7. Botta, A., & Bousquet, F. (2017). La Résilience Des Systèmes Écologiques et Sociaux : Accompagner La Prise En Compte de l’incertitude Pour Le Développement. Perspective, N\circ 43, 4 p. 10.18167/agritrop/00045
  8. Hervé, D., & Rivière, M. (2014). Résilience, Adaptation, Changement : L’interdisciplinarité Questionnée. Natures Sciences Sociétés, 22(3), 247–253. 10.1051/nss/2014043