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Introduction

Fonctionnement du CSI :

Avancée de ma recherche

Présentation :

Contexte

J’ai commencé ma thèse le 23 septembre 2025, au Centre de Mathématiques Appliquées (CMA) de l’école des Mines de Paris - PSL, sous la direction de Nadia Maïzi.

Cette thèse s’inscrit dans la continuité de mon mémoire de M2, qui portait sur l’évaluation des dommages économiques du changement climatique dans les modèles intégrés. Dans ce travail assez épistémologique, j’avais identifié plusieurs limites à l’utilisation de fonctions de dommages : mauvaise prise en compte des événéments extremes, pas d’intégration de la dimension spatiale des phénomènes, données exclusivement quantitatives et monétaires, pertinence de l’analyse coût-bénéfice et de l’optimisation. L’idée d’étudier un phénomène qui associe ces différentes questions est née de là.

Dans le même temps, deux questionnements traversent la communauté de la modélisation intégrée et de la prospective. D’une part, un questionnement sur le type de données, et notamment sur l’utilisation de données qualitatives. D’autre part, la nécessité d’intégrer et d’évaluer les politiques d’adaptation, par essence locales et localisées. Dans des modèles souvent abstraits, quantitatifs et globaux, ce changement d’objet d’étude pose de nombreuses questions méthodologiques.

Initialement, mon intitulé de thèse est “Intégration de systémes d’information géographique dans des modèles de prospective”. C’est unes question qui semble très technique, et poser essentiellement des questions d’implémentation de techniques.

Question initiale

Quels sont les effets systémiques de choix d’aménagement du territoire pour l’adaptation au risque cyclonique en Martinique ?

Depuis, ma question de recherche a largement évolué. C’est désormais : quels sont les effets systémiques de choix d’aménagement du territoire pour l’adaptation au risque cyclonique ?

Comme nous le verrons un peu plus tard, il s’agit d’une question à deux niveau, qui cache un raisonnement plus épistémologique, plus théorique.

Pour répondre aux questions du guide du comité de suivi :

  • situer dans le contexte scientifique international : questions qui sont abordés, essentiellement par la littérature sur l’aménagement du sol (land use / cover change) // la littérature plus physique type simulation de cyclones tropicaux // dans un contexte très francophone, la littérature sur l’adaptation. De manière plus spécifique, la question de 2nd ordre s’inscrit dans un questionnement autour du lien entre méthodes qualitatives et quantitatives, qui existe dans de nombreuses disciplines : tournant quantitatif de la géographie, intérêt de la modélisation intégrée pour des dimensions plus qualitatives, etc.

  • ce que ces travaux peuvent apporter au champ de connaissance : préciser les atouts et limites de modèles numériques pour l’adaptation, dans une approche prospectiviste

  • originalité de la thèse : associer une approche spatiale et géographique très forte (spatiale par le type de données, géographique par les méthodes : monographie, terrain, acteurs, multiscalaire, qualitatif), avec des outils de simulation numérique, dans le cadre théorique global de la prospective (scénarios, alternatives, actions).

Trois concepts charnière

L’aménagement du territoire, pensé de de deux manières différentes : l’action d’aménager le territoire, c’est à dire d’inscrire une politique publique dans sa spatialité Tabarly & Bouron, 2026, mais aussi par des acteurs informels Boury, 2014Gidel, 2014; et l’état d’un territoire, c’est à dire la distribution de ses usages et de ses acteurs, comme un sorte de photographie, qui révèle les rapports de force passés et présents Ferdinand, 2019. C’est dans cette dualité du concept d’aménagement, à la fois statique et dynamique, que va résider une partie importante du travail de la thèse.

La distinction entre prospective et modélisation est importante. En effet, la prospective n’est pas la prévision, et la modélisation n’est pas la simulation. La genèse du projet est avant tout une approche critique de méthodes de prospectives basées exclusivement sur des simulations numériques. La prospective consiste à éclairer le futur, à identifier les futurs désirables et les choix qui permettent de tendre vers eux Godet, 1986. ça se distingue très fortement de la prévision, qui cherche à approximer de la manière la plus précise le futur, dans une logique plus déterministe. C’est donc pas un outils qui cherche à être précis, mais plutôt à éclairer la décision politique. On s’incrit ainsi dans l’école française, née après la seconde guerre mondiale dans une logique de plannification.

L’adaptation, concept central et finalement assez flou; à la mode mais imprécis Simonet, 2017Djament-Tran et al., 2011. Ce qu’on en retient principalement ici c’est que on change de paradigme : on intervient APRES le changement climatique, vs avant, dans l’anticipation des effets plutôt que la réduction des causes.

Ancrage théorique

Une approche profondément interdisciplinaire, avec des apports de différentes disciplines :

L’enjeu ici est double :

D’une part, répondre à

Hypothèses

Quelques grandes hypothèses qui guident le travail :

Prendre bien le temps de définir les Socio-écosystèmes selon la littérature ici.

Le concept de socio-écosystème permet d’avoir une approche globale des systèmes, en dépassant la limite nature / société Berkes & Folke, 1994Ostrom, 2009Botta & Bousquet, 2017.

Une question concrète ...

Quels sont les effets systémiques de choix d’aménagement du territoire pour l’adaptation au risque cyclonique en Martinique ?

... pour une question méthodo

Comment faire un modèle de prospective pour l’adaptation ?

Deux niveaux de questions :

  • un niveau opérationnel

  • un niveau méthodologique et épistémologique

Questions opérationnelles

Quelle adaptation face au risque cyclonique ?

  • quelles options d’adaptation par l’aménagement du territoire ?

  • quels effets systémiques ?

  • quelle distribution des impacts ?

Questions méthodologiques

Comment faire un modèle de prospective pour l’adaptation ?

  • Comment prendre en compte des points de vue pluriels, parfois contradictoires ?

  • Comment associer des données de formes et de sources variées ?

=> tenter de répondre aux questions d’adaptation pose des questions sur la manière dont on utilise les simulations numériques. (introduire un schéma sur le lien entre les deux questions)

Méthode et choix des données

Tension forte entre qualitatif et quantitatif, notamment dans le type de données :

Tension forte entre qualitatif et quantitatif, notamment dans le type de données :

Abstraction progressive

La démarche consiste à ancrer l’approche prospective dans un territoire spécifique, à en déduire un modèle symbolique, puis à implémenter ce modèle dans une simulation numérique pour pouvoir évaluer les politiques d’adaptation.

Premiers éléments

  • prise en compte uniquement de la dimension vague / submersion du risque cyclonique :

    • => cadre de la gestion de risque

    • => plus proche des autres risques littoraux (notamment érosion / recul du trait de côte)

  • cadrage autour de trois grands types d’aménagement :

    • solutions techniques lourdes

    • solutions fondées sur la nature

    • recomposition spatiale

  • travail autour de documents d’aménagement / zonage réglementaires :

    • documents plutôt bien connus

    • source légale de la production de l’espace

    • pont intéressant entre données qualitatives et quantitatives

Perspectives et questions ouvertes

La tension entre qualitatif et quantitatif au coeur de mes questions de thèse.

=> à différents niveaux :

  • à un niveau épistémologique : quel apport du croisement de données ?

  • à un niveau méthodologique : comment le faire ?

Vision claire de la démarche :

  • 1ère années, exploration forte + problématisation plus formelle

  • maintenant, formalisation de ce qui a été acquis :

    • rédaction de monographie de territoire à partir des observations de terrain

    • travail théorique et conceptuel sur le lien entre aménagement et adaptation

  • puis modélisation :

    • choix de la technique de modélisation : modélisation d’accompagnement, simulation numérique plus formelle ?

    • analyse et valorisation dans la communauté

Chronologie

Réalisations

8 premiers mois essentiellement exploratoires :

  • biblio

  • terrain

  • exploration de données, outils et méthodes

Mission de terrain de 6 semaines en février - mars 2026 :

  • identification de sites

  • rencontre avec des acteurs (dont entretiens semi-directifs)

  • matériaux empiriques pour cadrer la problématique

Rencontres diverses :

  • hackathon météo france / datagouv

  • journée de l’association ComMod

  • conférence jeux et enjeux

Orientation future

Réalisations prévues

Conditions de la formation

Conditions de la recherche :

  • matérielles et financières : très bonnes (soutien des Mines et de la fondation des Mines via la chaire MPDD)

  • scientifique : bonnes mais plus challengeantes : possibilité de rester à Paris, donc de rester en contact avec les réseaux de géographe que j’avais noué auparavant ce qui est très précieux; malgré tout, ça reste un peu un défi parce qu’il faut être très actif dans les rencontres etc => objectif pour la suite, de mieux m’intégrer dans ces réseaux, y compris lors de séminaires, conférences, etc

  • intégration : malgré cette distance, je me sens bien intégré dans la communauté, tant sur le plan personnel (relations proches avec mes co-doctorants), que scientifiques (discussions avec d’autres chercheureuse)

  • motivation et détermination : les deux très bon; parfois mis à mal par le fait que c’est quand même un exercice difficile, mais je suis quand même très heureux de la chance que j’ai de me consacrer à des choses qui m’intéressent et me passionnent. Par contre, je me mets souvent la pression parce que j’ai envie de faire quelque chose de bien, et que ça c’est pas forcément toujours facile. Une difficulté à laquelle je fais face assez souvent est que vu que c’est très interdisciplinaire, je m’aventure dans des disciplines que je maitrise pas forcément, et donc donne le flanc à des critiques souvent pertinentes mais qui peuvent être déstabilisantes. Pour autant, je suis persuadé que cette approche interdisciplinaire est féconde. En revanche, quelque chose qui me plait beaucoup c’est que mon sujet est très concret, et donc facile à expliquer, et que quand j’en parle à des gens souvent ils trouvent ça très intéressant.

Retours plus personnels

Ces 8 premiers de thèse ont été très enrichissants. D’abord, ça a été la confirmation d’un plaisir personnel dans la pratique de la recherche. J’ai aussi l’impression d’avoir trouvé un rythme de travail qui me convient, même si certaines périodes ont été plus dures que d’autres. En particulier, préciser des idées abstraites, se positionner entre des disciplines et renoncer à des idées ou pistes attirantes a été difficile mais formateur.

Une question importante bouleverse la recherche et me questionne beaucoup : l’arrivée de LLM et d’agents IA. Le constat est assez vertigineux : sur la quasi-totalité des tâches que je réalise au quotidien (bibliographie, structuration de plan, rédaction, code), des LLMs bien cadrés semblent aussi pertinents que ce que je produis, tout en étant à la fois plus rapide et en ayant la capacité de vérifier plus de choses.

Mon positionnement dans l’utilisation de ces outils est de les utiliser en amont de la production (biblio, etc) et pour le code. Ma ligne rouge est de ne jamais laisser rédiger quoi que ce soit à un LLM. Cependant, il n’y a pas vraiment de cadre clair pour l’instant, donc c’est pas si facile de se positionner.

Difficultés

J’ai rencondré plusieurs sources de difficulté.

D’abord, l’interdisciplinarité. C’est un concept souvent mis en avant, très demandé, mais en pratique assez difficile à mettre en oeuvre. Dans mon cas, c’est difficile à deux niveaux. D’abord, en terme d’encadrement, puisque ma directrice de thèse n’est pas spécialiste des approches spatiales, ni des cyclones ni de la Martinique. Ensuite, en terme de positionnement : en restant sur le seuil des disciplines, j’ai du mal à vraiment entrer dedans, et à me fixer en termes de communauté de pratique, de revue par exemple, de méthodes, etc. Je ne regrette pourtant pas ce positionnement, parce que je trouve qu’il est très fécond, mais c’est quand même une difficulté particulière.

Conclusion

Merci de votre écoute !

Discussion avec le doctorant

Discussion avec la directrice de thèse

References
  1. Tabarly, S., & Bouron, J.-B. (2026). Aménagement du territoire, aménagement des territoires [Terme]. In Géoconfluences. École normale supérieure de Lyon. https://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/amenagement-du-territoire
  2. Boury, F. (2014). Maîtriser la mangrove urbaine, une politique de réaménagement des quartiers pauvres et d’habitat spontané à Fort-de-France. Informations sociales, 186(6), 109–116. 10.3917/inso.186.0109
  3. Gidel, M. (2014). Fermetures et Porosités Dans Les Territoires Urbains à Fort-de-France (Martinique) et Port of Spain (Trinidad et Tobago) [These de Doctorat]. Paris 10.
  4. Ferdinand, M. (2019). Une écologie décoloniale. In urn:isbn:9782021388497. Éd. Seuil.
  5. Godet, M. (1986). Introduction to La Prospective. Futures, 18(2), 134–157. 10.1016/0016-3287(86)90094-7
  6. Simonet, G. (2017). Note de recherche. L’adaptation, un concept systémique pour mieux panser les changements climatiques. Norois. Environnement, aménagement, société, 2017–4, 113–125. 10.4000/norois.6252
  7. Djament-Tran, G., Blanc, A. L., Lhomme, S., Rufat, S., & Reghezza-Zitt, M. (2011). Ce que la résilience n’est pas, ce qu’on veut lui faire dire.
  8. Berkes, F., & Folke, C. (1994). Linking Social and Ecological Systems for Resilience and Sustainability. Beijer Discussion Paper Series, 52.
  9. Ostrom, E. (2009). A General Framework for Analyzing Sustainability of Social-Ecological Systems. Science, 325(5939), 419–422. 10.1126/science.1172133
  10. Botta, A., & Bousquet, F. (2017). La Résilience Des Systèmes Écologiques et Sociaux : Accompagner La Prise En Compte de l’incertitude Pour Le Développement. Perspective, N\circ 43, 4 p. 10.18167/agritrop/00045