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Abstract

Ce chapitre présente une réflexion conceptuelle sur le risque. En mobilisant de la littérature, nous développons l’idée que le risque est la conséquence non seulement d’un aléa pas ou peu contrôlable, mais aussi d’une conduite face à celui-ci. Nous nous inscrivons ainsi dans l’idée que le risque n’est pas naturel, mais bien le résultat d’une configuration institutionnelle et sociale.

Key Points

le risque est la composition d’un aléa et d’un enjeu

il n’y a donc pas de risque “naturel”, étant donnée que l’exposition d’un enjeu à un aléa est toujours le fruit de décisions ou de rapports de force

bien que très présents dans le langage courant, le vocabulaire du risque nécessite d’être clarifié, car des sens très différents peuvent être pris par les mêmes mots

Keywords:résiliencerisquevulnérabilitéépistémologieexposition

Ce chapitre conceptualise le risque, pour avoir une vision cohérente au fil de la thèse des différents termes et concepts employés.

Il s’articule en trois parties :

Crise, perturbation ou catastrophe : l’événement au coeur du risque

Comme nous y reviendrons plus tard, le risque est avant tout “la possibilité de perdre ce à quoi on accorde de l’importance” Metzger & d'Ercole, 2008. C’est bien cette possibilité, c’est à dire la possibilité d’un événement qui conduit à perdre ce qui a de la valeur, qui constitue le risque. Le risque est alors la réalisation, réelle ou probable, présente ou à venir d’un événement qui vient rompre avec le cours habituel des choses. Pourtant, la nature précise de cet événement n’est pas si simple à cerner.

En reprenant une grille d’analyse très classique du risque, cet événement est la rencontre entre un aléa et un enjeu. Pourtant, cette approche qui distingue l’aléa de la vulnérabilité peut tout à fait être remise en question. Le risque est construit scientifiquement comme le produit d’un aléa (dimension physique) et d’une vulnérabilité (dimension sociale). Cette distinction découpe l’analyse du risque entre les sciences dures et les sciences sociales. Cependant, l’attention est portée essentiellement sur l’aléa, et il est impératif de revenir à une approche centrée sur l’enjeu Metzger & d'Ercole, 2008.

quel événement exactement ? pour qui ? quels phénomènes ? mécanismes ? est-ce que trop prévoir le risque, ça ne constitue pas un risque en soi ? La notion de catastrophe fait son retour sur la scène scientifique. Si sa définition n’est pas tout à fait stabilisée, elle décrit des événements marquants dont la mise en récit, scientifique ou non, antérieure ou postérieure, joue un rôle central. A la différence d’un risque qui désigne un événement hypothétique, la catastrophe désigne un événement vécu avec des répercussions majeures Clavandier, 2015. La spatialité du risque est difficile et donc rarement prise en compte November, 2006. Pourtant, une approche géographique serait tout à fait pertinente pour appréhender le risque.

Qualifier cet évènement passe notamment par le fait d’en donner une estimation de sa probabilité. L’incertitude est une composante essentielle de la gestion de crise. Elle est généralement considérée comme la part irréductible qui distingue une événement possible de sa mise en probabilité dans la notion de risque Reghezza-Zitt, 2019. développer sur l’incertitude, qui est une composante fondamentale du risque (cf film Magma, évacuation de basse terre en 1967, gestion COVID ?  etc)

Ainsi, le risque est constitué d’un événement fondateur, autour duquel s’articule un récit.

L’avant-crise

Ce qui distingue une événement préjudiciable ou une catastrophe réside ainsi dans la phase qui le précède : par la mise en probabilité de l’événément, et par un ensemble d’action collectives ou individuelles, on cherche à se prémunir de l’avénement de celui-ci. La logique de prévention et de gestion des risques est ainsi de modifier l’événement, par la modification de ses composantes (aléa, enjeu, vulnérabilité), et ainsi réduire sa portée préjudiciable.

Pour décrire l’état d’un système avant une crise, une myriade de termes et de concepts ont vu le jour.

Face à la possibilité d’un risque futur, des postures variées et complémentaires existent : mitigation, adaptation ou préparation.

Notre axe d’argumentation ici est que en parallèle de la réduction de risque que permettent ces actions, elles provoquent également une redistribution du risque, volontaire ou non.

le cas des assurances et de l’action publique

les assurances permettent un transfert du risque, mais pas pour tout le monde (enjeu éthique)

Idées en plus :

L’après-crise

L’après-crise désigne la période entre la crise et le retour à l’état habituel des choses. Ce retour mobilise également des concepts, qui imprégnent l’imaginaire collectif et montrent des compréhensions différentes du système en question.

On peut définir l’après-crise comme l’espace-temps compris entre la survenue de la perturbation et le retour du système à son état nominal. La notion de résilience traite précisément de la capacité d’un système à revenir dans son état initial. Nous allons commencer par introduire brièvement la notion de résilience, avant de décrire certains caractéristiques qui en font ou non un concept opératoire. Pour Boris Cyrulnik Ribeiro & d'Ascenzo, 2025, la résilience individuelle et la résilience sociale sont la même chose, et sont interdépendantes. Ainsi, la résilience n’est pas un état ni une caractéristique intrinsèque, mais un processus issu du contexte dans lequel évolue l’élément en question.

Le concept de résilience s’est imposé progressivement dans le champ du développement. Il a supplanté d’autres notions en vogue, et est devenu un impératif pour des politiques publiques Ansari et al., 2025.

Le passage conceptuel de la vulnérabilité à la résilience s’inscrit dans une démarche plus globale d’une approche analytique à une approche systémique. Du fait de son histoire, qui passe d’une discipline à une autre, la notion de résilience impose et invite à une grande interdisciplinarité Hervé & Rivière, 2014. mesurer la résilience ? Nous l’avons vu, circonscrire l’après-crise est difficile, notamment du fait que le système ne revient que très rarement dans son état initial, mais plutot que celui-ci se reconfigure par la crise.

les reconfigurations sociales et spatiales après un événement majeur => à nouveau la question de la distribution le retour à la normale : vraiment ? pourquoi ? => mobiliser la réflexion sur les systèmes complexes (antifragilité, le mec des cygnes noirs) => temps court Concept de inquality growth ? à creuser à qui profite la catastrophe ? Schuller & Maldonado, 2016 et le concept de Disaster Capitalism => reprendre aussi Naomi Klein pour cette question

la question de la réparation, des pertes et dommages et de la responsabilité historique => temps long ++ Düvel & García-Portela, 2024 : réflexion philosophique sur l’équité des impacts climatiques Boyd et al., 2021 : justice climatique quand il y a eu des imapcts

Nous l’avons vu, la question de la distribution est présente à tous les stades de la crise : avant, pendant et après.

References
  1. Metzger, P., & d’Ercole, R. (2008, May). Enjeux Territoriaux et Vulnérabilité : Une Approche Opérationnelle. Colloque Interdisciplinaire “ Vulnérabilités Sociéales, Risques et Environnement : Comprendre et Évaluer.”
  2. Clavandier, G. (2015). Un retour de la catastrophe sur la scène scientifique ?:Enjeux et débats. Communications, 96(1), 93–105. 10.3917/commu.096.0093
  3. November, V. (2006). Le risque comme objet géographique. Cahiers de géographie du Québec, 50(141), 289–296. 10.7202/014868ar
  4. Reghezza-Zitt, M. (2019). Gestion de crise et incertitude(s) ou comment planifier le hors-cadre et l’inimaginable. Application aux crises résultant de crues majeures en Île-de-France. Annales de géographie, 726(2), 5–30. 10.3917/ag.726.0005
  5. Ribeiro, C. R., & d’Ascenzo, F. (2025/déc./22). Entretien avec Boris Cyrulnik. Revue internationale des études du développement, 259, 215–228. 10.4000/15eep
  6. Ansari, J. B., Ribeiro, C. R., & Mahdi, M. (2025/déc./22). Introduction. Comment penser la résilience et la gouvernance des communs ? Revue internationale des études du développement, 259, 7–26. 10.4000/15eei
  7. Hervé, D., & Rivière, M. (2014). Résilience, Adaptation, Changement : L’interdisciplinarité Questionnée. Natures Sciences Sociétés, 22(3), 247–253. 10.1051/nss/2014043
  8. Schuller, M., & Maldonado, J. K. (2016). Disaster Capitalism. Annals of Anthropological Practice, 40(1), 61–72. 10.1111/napa.12088
  9. Düvel, E., & García-Portela, L. (2024). The Ethics of Climate Change Loss and Damage. WIREs Climate Change, 15(6), e910. 10.1002/wcc.910
  10. Boyd, E., Chaffin, B. C., Dorkenoo, K., Jackson, G., Harrington, L., N’guetta, A., Johansson, E. L., Nordlander, L., De Rosa, S. P., & Raju, E. (2021). Loss and Damage from Climate Change: A New Climate Justice Agenda. One Earth, 4(10), 1365–1370.