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L'aménagement du territoire, cadre des politiques publiques d'adaptation au risque cyclonique

Mines Paris - PSL

Abstract

Dans ce chapitre, nous définissons les concepts d’aménagement, de spatialité et d’action publique. Nous y développerons l’idée que l’aménagement permet d’incarner l’action publique dans l’espace, mais aussi dans le quotidien de ses habitants. Dès lors, étudier la spatialité de l’action publique permet de mettre en évidence sa portée, y compris dans ses marges où elle ne parvient pas aux effets anticipés.

Key Points

l’aménagement du territoire est la matérialisation spatiale des politiques publiques

la spatialité offre un entrée intéressante pour comprendre les enjeux derrière l’adaptation, notamment les questions de justice climatique, de réparation, de responsabilité historique et de distribution des impacts

l’aménagement de l’espace est un outil actionnable pour limiter les impacts des cyclones, et donc de s’adapter au changement climatique

à la différence de normes s’appliquant à des batiments / individus, qui individualise les effets et efforts face au changement climatique, l’aménagement questionne de manière sociétale et systèmique les effets.

Keywords:cycloneMartiniqueprospectivemodélisation d'accompagnementaménagement du territoireusage du sol

Ce chapitre présente les concepts d’aménagement du territoire et d’adaptation au risque littoral. Il montre que l’aménagement est un outil adapté à la conduite de l’adaptation, qui permet de mettre dans l’espace des politiques publiques de redistribution et de justice climatique.

Penser l’espace, penser dans l’espace

Cette première partie présente l’aménagement : ce que c’est, ses acteurs et leurs méthodes.

Nous commençons par une présentation conceptuelle de ce en quoi consiste l’aménagement, en abordant l’idée que c’est la mise en espace de politiques publiques.

Dans un second temps, nous présentons les acteurs de l’aménagement en Martinique, ainsi que les outils à leur disposition.

L’aménagement : cadre conceptuel d’une pratique territoriale

Les mots de l’aménagement

=> définition de termes de l’espace, de l’aménagement (ancrage théorique et épistémologique dans géographie / aménagement) => l’aménagement : plannification, à la fois spatiale et temporelle (lien conceptuel assez clair avec la notion de prospective et le chapitre 1) => cette idée là est plus théorique, elle va plutot dans une partie plus conceptuelle et moins pratique

Evolution de la notion d’aménagement

=> qu’est-ce que l’aménagement, quels sont ses outils ? en quoi est-ce un exercice de plannification qui requière de la prospective ?

Le cadre légal de l’aménagement du territoire en Martinique : acteurs, outils et enjeux

Les acteurs de l’aménagement du territoire

Cette section présente les principaux acteurs de l’aménagement du territoire. Pour cela, elle s’appuie sur un document de la préfecture de la Martinique qui présente les acteurs de l’ingénerie territoriale [noauthor_cartographie_2026]. Nous remarquons ici l’utilisation de ce terme, qui se distingue de celui d’aménagement du territoire.

L’ingénierie publique territoriale recouvre l’ensemble des moyens et savoir-faire professionnels dont ont besoin les collectivités territoriales et les acteurs locaux pour conduire le développement ou l’aménagement des territoires.

Agence nationale de la cohésion des territoires (2026), p. 5

Administration territoriale de l’Etat

Acteurs institutionnels : l’état, les collectivités Les administrations centrales déconcentrées La DEAL

Préfecture Direction de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DEAL) Cette direction de la préfecture de la Martinique “intervient sur l’ensemble des champs de l’aménagement du territoire”. En particulier, font partie de ses attributions :

Elle cumule ainsi fonction de conseil et d’expertise, et contrôle de légalité de l’application de dispositions réglementaires.

Collectivité territoriales

La Collectivité Territoriale de Martinique Les trois communautés de communes Les communes

Grands opérateurs publics

Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) Le BRGM est un établissement public en charge de la connaissance des sols et des sous-sols. Sa mission est d’informer les politiques publiques, notamment à travers des publications et des recherches scientifiques. En particulier, il est en charge de la production de cartographie des risques naturels et du suivi de l’évolution du littoral, qui servent de basent à l’élaboration de politiques publiques.

Fonds vert Le fonds vert est un dispositif d’accompagnement visant à accélérer la transition écologique. Il consiste en des aides financières et un accompagnement technique, à destination des collectivités territoriales, établissements publics ou autres acteurs.

Cerema Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU) L’ANRU est un “établissement public industriel et commercial (EPIC) qui finance et accompagne la transformation des quartiers de la Politique de la ville dans toute la France”.

Structures locales

Acteurs non-institutionnels : les particuliers, les entreprises / activité économique Agence des 50 pas géométriques de la Martinique (AG50) L’AG50 est un EPIC qui a pour vocation d’intervenir dans la zone des 50 pas géométriques. En particulier,

Elle instruit les demandes de régularisation des occupants sans titre, « guichet unique » dans le processus de «cessions-régularisations» des terrains dans sa zone de compétence.

Agence nationale de la cohésion des territoires (2026), p. 43

Agence de développement durable, d’urbanisme et d’aménagement de Martinique (ADDUAM) L’ADDUAM est une association qui “remplit des missions d’intérêt général au service de ses membres (CTM, CAP Nord, CACEM, CAESM, AMM, État), conformément à l’Article L132-6 du Code de l’Urbanisme. Elle vient en appui technique des collectivités pour les accompagner dans l’élaboration de leurs politiques publiques d’urbanisme et d’aménagement du territoire. Son activité est principalement consacrée à la réalisation d’études thématiques, d’observations, de documents de planification et de projets urbains. L’ADDUAM joue également un rôle important d’animation territoriale”.

Etablissement Public Foncier Local de Martinique (EPFL) L’EPFL est un EPIC qui joue le rôle d’opérateur pour les collectivités territoriales en Martinique.

Les outils de la planification territoriale

Dans cette section, nous présentons les différents outils réglementaires qui permettent d’organiser la planification territoriale. Nous commençons par décrire les différentes zones réglementaires qui structure le bord de mer, puis nous abordons les documents de planification qui agissent sur celui-ci.

Pastel, 2023 présente les outils de la planification territoriale, en évaluant leur efficacité au regard du changement climatique. Le premier axe de cette présentation est celui des réserves foncières, de leur observation et leur suivi. En effet, la possibilité de foncier est un préalable à toute opération de recomposition spatiale. Trois acteurs jouent un rôle particulier dans les opérations foncières. La SAFER (Société d’aménagement foncier et d’établissement rural Martinique) est une société anonyme sans but lucratif sous contrôle de l’Etat, dont les missions sont d’apporter un soutien technique aux collectivités, par la constitution de réserves foncières. L’EPFL (établissement public foncier local de Martinique) est un EPIC qui accompagne ses collectivités membres (collectivités territoriales et CTM) dans le portage foncier. Le conservatoire du littoral est un établissement public administratif de l’Etat, dont la mission est de préserver les espaces littoraux. De ce fait, il agit comme un acteur du foncier. Par ailleurs, l’absence d’un observatoire unifié du foncier limite la vision d’ensemble des potentialités foncières.

Le second axe est la planification territoriales, à travers les plans et documents à différents niveaux de compétence. Le SAR (région), le SCoT (EPCI), les PLU (commune). Au niveau régional, le Schéma d’Aménagement Régional (SAR) “fixe les orientations fondamentales à moyen terme en matière de développement durable, de mise en valeur du territoire et de protection de l’environnement.” C’est un document d’aménagement spécifique au régions de Guadeloupe, de Guyane, de Martinique et de la Réunion. Un volet particulier du SAR est le Schéma de Mise en Valeur de la Mer (SMVM), qui traite particulièrement l’aménagement du littoral. Les documents d’urbanismes locaux (SCoT, PLU) doivent être en conformité avec le SAR, et notamment avec le SMVM, bien que ce ne soit pas toujours le cas en Martinique. Le SAR a été adopté en 1995 puis approuvé par le conseil d’Etat en 1998. Il a été conçu initialement pour une période de 10 à 15 ans, mais n’a pas été renouvellé depuis. Les alternances politiques au sein de la CTM ont contribué à l’abandon d’un projet de révision. En particulier, le nouvel executif de la CTM a voulu remplacer ce document par un document ad hoc, le Plan d’Aménagement et de Développement Durable de la Martinique (PADDMA), sur le modèle de celui réalisé par l’assemblée de Corse.

Les Schémas de Cohérence Territoriale (SCoT) permet d’orienter l’aménagement du territoire à l’échelle des trois communautés de communes. Les Plans Locaux d’Urbanisme permet de classer les zones et de mettre en place des règles spécifiques pour l’urbanisme et la construction, au niveau de la commune.

Les documents de planification territoriale

DocumentEchelonCompétenceRévision
Schéma d’Aménagement Régional (SAR)Région (Collectivité Territoriale de Martinique)Inclut un SMVMEffectif depuis 1998, révisé en 2005, tentatives de révisions avortées depuis
Schéma de Cohérence Territoriale (SCoT)EPCI (communautés de communes)Dont Projet d’Aménagement et de Développement Durable (PADD)Valable 6 ans
Plan Local d’Urbanisme (PLU)CommuneDescription de la typologie des zones (a urbaniser, naturelles, etc)6 ans

Aménagement du littoral

Nous abordons plus spécifiquement les enjeux de l’aménagement du littoral. Nous commençons par un historique de la notion de littoral et de sa conception dans le cadre de l’aménagement. Nous présentons ensuite ses spécificités dans le cadre de la Martinique.

Historique de l’aménagement du littoral

Dans cette sous-section, on présente une histoire de la notion de littoral et de son aménagement en France. Lozachmeur, 2024 présente l’historique de l’aménagement du littoral => faire une frise chronologique de l’aménagement de l’espace dans la bande littorale en France + cas spécifique de la Martinique

La création de la notion de littoral

Le rapport Piquard préconisait également d’expérimenter la mise en place de schémas d’aptitude et d’utilisation de la mer (SAUM) qui serviront de modèle à la création des schémas de mise en valeur de la mer (SMVM) en 1983, qui sont des documents élaborés localement par l’État mais approuvés jusqu’en 2005 par le Premier ministre après analyse par différents ministères à Paris, puis par le préfet, avant d’être placés sous la responsabilité des élus locaux (volontaires) dans le cadre des schémas de cohérence territoriale (SCoT). (Lozachmeur, 2024) (snapshot) Une grande partie sur les outils de l’adaptation ? :

La responsabilité de cet arbitrage est confiée à l’Etat, ce qui ne va pas sans heurter certains esprits, trois ans à peine après les lois de décentralisation. Il est néanmoins clairement expliqué «que l’instrument de cette politique ne peut qu’être un instrument de planification de l’espace, qui transcrira en clair à la fois les destinations des différentes parties de l’espace, établira les équilibres entre les secteurs protégés, mis en valeur, aménagés et à l’intérieur de chacun d’eux le niveau et la nature de la protection, de la mise en valeur et de l’aménagement ». (Ministère de l’Équipement, des Transports et du Logement, 1999, p. 3) (pdf) difficulté des spécificités locales

L’article L 146-4 impose, d’une part, de repousser l’urbanisation en profondeur et, d’autre part, de la regrouper. Cet article énonce des principes et des règles qui peuvent être rassemblés selon 3 grands axes : - la partie rétro-littorale où l’urbanisation est admise en continuité ou regroupée (L 146-4-I), - les espaces proches du rivage et dont la constructibilité n’est admise qu’à titre d’exception solidement argumentée (L 146-4-II), - la partie contiguë au rivage et qui est inconstructible sur une largeur minimale de 100 m, en dehors des espaces urbanisés (L 146-4-III). (Ministère de l’Équipement, des Transports et du Logement, 1999, p. 8) (pdf) - la première vise à dresser un bilan des objectifs de la loi. Ont-ils été atteints ? Quels ont été les problèmes rencontrés et comment y a t-on fait face ? (Ministère de l’Équipement, des Transports et du Logement, 1999, p. 4) (pdf)

Les spécificités du littoral en Martinique

Une spécificité importante de l’aménagement du littoral en Martinique réside dans la zone des cinquante pas géométriques. Il s’agit d’une zone de 81.20m de large, définie lors de la colonisation des Antilles. Il s’agit donc d’une origine très ancienne, liée à la Compagnie des Indes occidentales Chadenas et al., 2016.

À sa dissolution, en 1674, Louis XIV décide d’intégrer cette zone au domaine de la Couronne, qui prend l’appellation des « 50 pas du Roi ». Les raisons de la mise en place de cette réserve stratégique sont multiples « rendre difficile l’abord des isles [...], y faire des fortifications [...] assurer un passage libre au long de la mer [...] permettre aux capitaines de navires d’aller couper du bois [...] et la plus essentielle [...] donner moyen aux artisans de se loger [...] à condition que, si le Roi a besoin du terrain [...], ils transportent ailleurs leurs bâtiments » (Lettre du gouverneur des Antilles Jean-Charles de Baas du 8 février 1674). (Chadenas et al., 2016, p. 44) (pdf) Elle devient inaliénable et imprescriptible. Dès l’origine, une logique d’aménagement du littoral plus que d’inconstructibilité Chadenas et al., 2016. Occupée pour l’habitation ou l’activité commerciale, sans titre. Le reclassement dans le domaine privé de l’Etat en 1955 a conduit à des régularisaitons de titres. La ZPG est réintégrée dans le domaine public maritime par la loi littoral de 1986. Depuis, plusieurs textes juridiques ont eu pour objectif de régulariser la situation des occupants de cette zone, tout en préservant son caractère inconstructible. La zone des cinquante pas géométrique constitue un régime d’exception des communes littorales de DOM, qui prend le relais de la loi littoral Ministère de l'Équipement, des Transports et du Logement, 1999. Cette zone recouvre en réalité des espaces variés, qui associent une multitude d’acteurs et de régimes juridiques Saffache & Lindsay, 2019. Ainsi, ce ne sont pas moins de 7 structures différentes qui en sont gestionnaires Saffache & Lindsay, 2019. Une autre spécificité essentielle du littoral martiniquais par rapport aux autres littoraux français est son caractère tropical. Ces spécificités sont détaillées dans le chapitre cyclones.

L’aménagement pour le changement climatique, une nécessaire adaptation

Cette section montre que dans le cadre du littoral, aménagement et (mal)adpatation sont indissociables.

Le littoral et le risque : prise en compte des risques cotiers

=> exemples de mesures d’adaptation => l’aménagement est une échelle pertinente pour mener des politiques d’adaptation PNACC, directives, ministères présentation du PPRN pour les risques littoraux

Une variété de mesures disponibles, qui se distinguent par leurs dimensions spatiales et temporelles

Cette section présente les différentes stratégie d’adaptation aux risques littoraux. Elle s’appuie pour cela sur le croisement de deux classifications. Le département de la manche recense cinq stratégies d’adaptation du littoral aux risques d’érosion et de submersion Les modes de gestion du littoral, 2026 : lutte active dure, lutte active souple, réduction de la vulnérabilité, recomposition spatiale, accompagnement des processus naturels. Le GIEC (chapitre 15, figure 7) décrit 6 stratégies pour les risques côtiers : pas de réponse, lutte active dure, accomodation, planned retreat, advance with land or island raising, ecosystem-based measures Intergovernmental Panel On Climate Change (Ipcc), 2023. Ces stratégies sont résumées dans la figure 15.7.

Différentes stratégies d’adaptation du littoral. Reproduit d’après .

Figure 1:Différentes stratégies d’adaptation du littoral. Reproduit d’après Intergovernmental Panel On Climate Change (Ipcc), 2023.

Ces deux classifications nous permettent de contextualiser et de mettre en perspective les différentes options possibles concernant l’aménagement du littoral pour faire face aux risques côtiers.

La lutte dure, approche historique et souvent privilégiée

Celle-ci repose sur des infrastructures lourdes, qui visent à limiter les risques d’érosion ou de submersion. Ces techniques contribuent à artificialiser le littoral, et impactent ainsi les paysages et les écosystèmes. Par ailleurs, ces ouvrages déplacent les problèmes d’érosions ou d’inondation côtière vers d’autres parties du littoral, ce qui peut contribuer à déplacer les impacts ou à des situations de maladaptation Intergovernmental Panel On Climate Change (Ipcc), 2023. Ces ouvrages comportent notamment les digues (enrochements parallèles au trait de côte) et les épis (enrochement perpendiculaire au trait de côte). Ce sont des techniques très répandues mondialement, qui représenteraient 28% des actions de protection côtière. Elles sont particulièrement utilisées dans la Caraïbe. De nombreux ouvrages ont été mis en place par des financements internationaux qui couvraient la mise en place mais pas l’entretien, et tombent en désuétudes.

La lutte active souple, ou la mer à boire

Elle consiste à accompagner des phénomènes naturels, comme la variabilité de la forme et du rechargement des dunes, en agissant sur ces phénomènes directement. Deux exemples sont le rechargement des dunes, et l’installation de pieux hydrauliques qui cassent la puissance mécanique des vagues. Dans un contexte insulaire, cette approche peut aggraver l’érosion ou la dégradation des écosystème aux endroits où le sable est prélevé Intergovernmental Panel On Climate Change (Ipcc), 2023.

Réduction de la vulnérabilité des personnes et des biens. (= accommodation ?)

Cette approche consiste à limiter la vulnérabilité d’un territoire en agissant au niveau individuel et/ou batimentaire. Définition Principales caractéristiques Conclusion / discussion Ainsi, en favorisant des comportements de prévention et des normes plus rigoureuses, elle cherche à limiter les effets négatifs des risques littoraux.

Recomposition spatiale, approche radicale mais efficace

Cette approche consiste à déplacer les enjeux (activités et biens) vers des zones moins exposées, notamment plus profondemment dans les terre. C’est une des dimension des migrations comme stratégie d’adaptation au risques cotiers. Elle s’inscrit donc dans une approche générale de l’aménagement du territoire. Elle est encouragée dans le cadre de la stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte Recomposition spatiale, 2026. La recomposition spatiale a des effets à long termes complexes, qui dépendent principalement de la manière dont le processus est mené (participation, etc) et dont les droits humains sont protégés par les institutions McNamara et al., 2018. Ces stratégies peuvent être perçues très négativement par les personnes déplacées. Dès lors, elles apparaissent autant comme un impact du changement climatique que comme une stratégie d’adaptation. Ainsi, la recomposition spatiale, et notamment la relocation de personnes peut être une stratégie d’adaptation efficace, mais dont il faut prendre la mesure des loss and damages qu’elle engage. Par ailleurs, elle est souvent impopulaire et difficile à implémenter, en raison d’un attachement à un territoire. Ce constat renforce un point central, celui de la construction de stratégies d’adaptation par les communautés elles-même.

Accompagnement des processus naturels, ou solutions basés sur les écosystèmes.

Cette approche consiste à restaurer, protéger ou favoriser le développement d’écosystèmes. Cette approche permet ainsi de bénéficier des services ecosystémiques que ceux-ci procurent, dont la protection contre les aléas marins. C’est une appellation récente, parfois qualifiées de “buzzword”, qui décrit des pratiques anciennes Mercer et al., 2012. Pourtant, peu de recul est disponible sur l’évaluation de mesures de ce type mise en place formellement dans un contexte de EbA, cette appellation spécifique étant récente. Celle-ci a de nombreux co-bénéfices. En particulier, en plus des services écosystèmiques de protection du littoral, elle permet de répondre aux enjeux de protection de la biodiversité; Peu de recul existe sur l’évaluation de ces mesures. Néanmoins, Mercer et al., 2012 mettent en avant des leçons tirées de projets menés localement pour identifier des points qui permettent de faciliter le succès de telles mesures : utilisation de connaissances locales, mise en avant de “champions locaux”, tenir compte de l’expérience de développements passés, et l’évaluation et le suivi régulier de ces projets. Nalau et al., 2018 présentent une revue de littérature sur les contraintes à la mise en place de l’adaptation basée sur les écosystèmes. Les principales sont les contraintes économiques et financières, institutionnelles, sociales et culturelles, de connaissances, et physiques et biologiques. Ces approches sont limitées par la capacité des écosystème à résister à des conditions climatiques dégradées. Par exemple, l’élévation du niveau de la mer a des impacts sur les écosystèmes de mangrove, tandis que la hausse de la température marine réduit la capacité protective des coraux Intergovernmental Panel On Climate Change (Ipcc), 2023.

Autres stratégies d’adaptation qui ne sont pas basées sur l’aménagement du territoire.

Community-based adaptation Livelihood Responses Disaster Risk Management, Early Warning Systems and Climate Services Les stratégies d’adaptation face aux risques côtiers sont variées. Elles constituent toujours des arbitrages entre portée, efficacité et coût. Elles diffèrent largement selon cadrage : systémique (prise en compte ou non de co-bénéfices sociaux ou sur la biodiversité), temporel (efficacité à moyen ou long terme, effets pervers à long-terme) et spatiaux (déplacement de problèmes). Ainsi, choisir l’une ou l’autre de ces stratégies d’adaptation dépasse largement le cadre d’une solution technique. Au contraire, ces choix révèlent des choix de société.

Enjeux de l’adaptation : justice climatique ou maladaptation

projet - Unknown Directive
:outcome: avoir une section en bonne forme qui présente les différents enjeux liés à l'adaptation : temporalité, arbitrages, équité
:rle: rédaction et production
:scope: thèse

Betzold, 2015 utilise un cadre conceptuel pour analyser les barrières à l’adaptation dans les SIDS (particulièrement en Océanie) qui se base sur trois catégories : perception, institutions et ressources. La perception est une limite à l’adaptation pour deux raisons. D’une part, il peut y avoir une méconnaissance de l’existence ou des mécanismes du changement climatique. D’autre part, le changement climatique peut être perçu comme un problème distant, dont la cause est extérieure et donc dont la résolution devrait être extérieure aussi. Les limites institutionnelles sont liées à l’importance des communautées locales dans les décisions politiques, et la distance entre les pouvoirs centraux et les certaines communautés très isolées. Cette configuration rend inapplicables les lois passés par les gouvernements centraux. La troisième barrière est la dépendance à des financement extérieurs, qui influence la mise en place de mesures qui correspondent à l’agenda du donneur plus qu’aux besoins spécifiques des communautés. En plus de parfois être inadaptées, ces financement peuvent ne correspondre que à la mise en place, et pas l’entretien des mesures. Ces trois barrières s’inscrivent dans un contexte différents (Pacifique, états insulaires indépendants, petites îles). Cependant, on peut en retenir l’importance de la conceptualisation de projets d’adaptation par l’aménagement du territoire par les communautés plutôt que pour les communautés locales.

Temporalité des mesures d’adaptation du littoral. Reproduit d’après . The challenge of coastal adaptation in the era of sea level rise (SLR): (a) typical time scales for the planning, implementation (grey triangles) and operational lifetime of current coastal risk-management measures (blue bars); (b) global sea level projections, which are representative of relative SLR projected for 60–70% of global shorelines, within ±20% errors (WGI AR6 Chapter 9; Fox-Kemper et al., 2021); (c) frequency of illustrative adaptation decisions to +0.5 m of SLR under different SSP-RCP scenarios. In response to accelerated SLR, adaptation either occurs earlier and faster, or accounts for higher amounts of SLR (e.g., to +1 m instead of to +0.5 m). Adaptation to +0.5 m from today’s sea levels have a lifetime of 90 years for SSP1-2.6, but lifetime is reduced to 60 years for SSP5-8.5 and 30 years for a high-end scenario involving low confidence processes. Adaptations to +0.5 m are comparable to, for example, the Thames Barrier in the United Kingdom or the Delta Works in the Netherlands, which primarily had an intended lifetime of 100–200 years. Adaptation measures to +0.2 m may include nourishment or wetland or setback zones.

Figure 2:Temporalité des mesures d’adaptation du littoral. Reproduit d’après Intergovernmental Panel On Climate Change (Ipcc), 2023. The challenge of coastal adaptation in the era of sea level rise (SLR): (a) typical time scales for the planning, implementation (grey triangles) and operational lifetime of current coastal risk-management measures (blue bars); (b) global sea level projections, which are representative of relative SLR projected for 60–70% of global shorelines, within ±20% errors (WGI AR6 Chapter 9; Fox-Kemper et al., 2021); (c) frequency of illustrative adaptation decisions to +0.5 m of SLR under different SSP-RCP scenarios. In response to accelerated SLR, adaptation either occurs earlier and faster, or accounts for higher amounts of SLR (e.g., to +1 m instead of to +0.5 m). Adaptation to +0.5 m from today’s sea levels have a lifetime of 90 years for SSP1-2.6, but lifetime is reduced to 60 years for SSP5-8.5 and 30 years for a high-end scenario involving low confidence processes. Adaptations to +0.5 m are comparable to, for example, the Thames Barrier in the United Kingdom or the Delta Works in the Netherlands, which primarily had an intended lifetime of 100–200 years. Adaptation measures to +0.2 m may include nourishment or wetland or setback zones.

L’aménagement du territoire, conçu comme une pratique destiné à transformer un espace, son usage et son occupation des sols dans une direction déterminée, est un outil clé de l’adaptation à l’échelle locale. Ainsi, aménager le territoire permet d’orienter l’évolution de celui-ci pour correspondre au mieux aux évolutions du système dans lequel il s’inscrit. L’adaptation réside donc dans la concordance entre l’échelle du territoire (le quartier, l’agglomération) et des échelles plus grandes, dont les dynamiques dépassent l’échelle locale (évolution du climat, du niveau de la mer, ...). L’objectif de cette section est de répondre aux questions de recherche suivantes :

References
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